Je me suis retrouvée suspendue par un pied

Il y a longtemps que j'avais relégué cet accident aux oubliettes... et pourquoi une nuit j'y ai songé??? Je me suis dit, je vais aller voir sur Internet si je trouve quelque chose à ce sujet et je suis tombée sur votre site.

J'y étais ! J'avais 11 ans et allais passer quelques jours de vacances chez ma marraine à Aimargues (à quelques kilomètres de Nîmes). J'étais partie 2 jours auparavant d'Aurillac et étais accompagnée par un proche de la famille qui travaillait à la SNCF. Nous avons fait une étape (où ?) chez des amis de cette personne et avons aidé aux vendanges. Nous sommes repartis le lendemain et avons pris ce fameux Paris - Nîmes.

J'ai des souvenirs de moments très flous et d'autres très nets. Je me rappelle qu'il faisait chaud, qu'il y avait beaucoup de monde dans ce train et que nous avions du retard. Je crois que nous étions dans le wagon n° 5 (sans certitude). Je me souviens avoir croisé deux petites filles qui étaient dans le compartiment voisin du nôtre.

Comme il y avait beaucoup de monde la personne qui m'accompagnait était dans le couloir et moi j'étais assise près de la porte en sens arrière. Et là, c'est très clair dans mon esprit, il y a eu une grosse secousse et le wagon s'est couché par saccades coté fenêtre. Je revois la dame assise en face de moi comme si cela s'était passé hier. J'ai l'impression que ces quelques secondes ont duré des minutes suivies d'un grand silence. Ma chance est d'avoir été assise coté couloir. Je me suis retrouvée suspendue par un pied à la porte qui s'est refermée dessus.

Après, pour moi c'est plus flou. J'ai été hissée par une fenêtre par mon accompagnateur. J'étais sale, noire J'avais la bouche sèche comme si j'avais avalé un kg de poussière et je pleurais sur ce wagon car j'avais perdu une chaussure et que je craignais de me faire gronder par ma maman (inconsciente de ce à quoi je venais d'échapper). J'ai attendu ce qui m'a paru des heures sur le quai de la gare car mon accompagnant après s'être assuré de ma santé (quelques bleus et une entorse) est retourné dans le train pour aider les blessés. Ensuite, nous avons été évacués en bus sur Nîmes ou nous avons vu un médecin qui examinait (et je pense recensait) tous les rescapés. Ce n'est que bien plus tard que j'ai appris que les deux petites filles dans le compartiment voisin étaient décédées. Ce n'est qu'en visitant votre site que j'ai appris leur identité et le drame de votre grand- mère.

Je ne sais pas si ce témoignage peut vous être utile mais tous ces souvenirs que je croyais enfouis ont remués beaucoup de choses en moi.

Claudine Simonin (Laurent)

Le Bouveret (Suisse)

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