J'habitais à côté de la voie ferrée

 

J’avais 8 ans et demi quand ce drame a eu lieu. Je n’étais pas dans le train mais riverain proche de la voie ferrée et donc témoin oculaire. Je peux faire encore la description précise des événements tant ils ont marqué ma mémoire de petite fille.

 

Nous étions en train de prendre notre repas dans la cuisine d’été quand des ouvrières de la Réglisserie « CAR » qui déambulaient sur la route après leur repas et avant la reprise de leur travail, ont frappé à la porte en criant « le train a déraillé… »  En nous précipitant dehors, nous avons vu les derniers wagons se coucher !!! et mon père a alors dit «  Vite, il faut prendre les extincteurs et aller sur place car il ne faudrait pas que ce soit comme à Bollène (allusion à un autre déraillement où le feu avait fait d’énormes dégâts).

 

Dans la 2 CV Citroën, ils sont partis avec l’ouvrier et Maman et ont été parmi les premiers témoins à arriver sur les lieux. Dans les moments qui ont suivi les secours sont arrivés, il y avait des voitures partout, des ambulances, les pompiers, la cours du garage (mon père avait un atelier de mécanique) était remplie de véhicules et les personnes légèrement blessées étaient recueillies chez les riverains. Ainsi nous avons eu à la maison une petite fille (à peu près mon âge) avec ses grands parents. La grand-mère avait une blessure à la tête, le grand père n’était pas blessé et la petite fille avait quelques coups (sans gravité) mais il était difficile de savoir si elle portait des coups ou des salissures suite à l’accident. Son père était médecin militaire à Montélimar et quand il est arrivé, il a rassuré tout le monde sur leur état de santé, nous remerciant d’avoir reçu quelques heures ces 3 personnes.

 

Pendant 2 à 3 jours, j’ai regardé ces blouses blanches (infirmiers, médecins, secouristes) au dessus des wagons couchés et pendant la nuit, c’était un bruit incessant d’allers et venues des secours et aussi les grues qui travaillaient pour extraire des tôles, des blessés ou malheureusement plus souvent des morts. Mes parents parlaient du nombre de victimes qui augmentaient, des scènes d’horreur vues, des personnes coincées, des personnes blessées.

 

Je me souviens également que mes parents m’avaient dit «les gendarmes de Boucoiran sont arrivés presque, en même temps que nous, pour éviter les pillages des personnes blessées ou mortes »,  je ne comprenais pas pourquoi !!! mais j’ai compris après que dans ce type de catastrophe, les vautours humains sont prêts à intervenir. Nous en aurons la preuve un an plus tard lors des inondations de 1958 où des pillards visitaient les maisons sinistrées , désertées momentanément par leurs habitants !!!

 

Je veux également dire aux familles des victimes que même si nous n’avons pas été affectés dans notre chair, notre mémoire n’a rien effacé.

 

Le 7 septembre 2007 soit 50 ans après, le Midi Libre a consacré une page à cet événement tragique. Dans le témoignage de Max Noël, le garagiste cité « André CROUZAT, c’était mon père…

 

Colette CROUZAT épouse STABLO

 

 

Témoignage de Max Noël. Edition du quotidien Midi Libre du 7 septembre 2007.

 

 

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