J'ai pris ce train à Génolhac

J’avais 8 ans et j’étais dans le « Paris - Nîmes »

avec mes grands parents.

 

 

Bonsoir Georges et Emilie,

Merci beaucoup pour votre message et de l'intérêt que vous portez à toute cette part émotionnelle en lien avec cet évènement.

 

Je veux bien vous livrer mon témoignage avec les souvenirs d'une enfant, qui a pu très peu évoquer ce drame avec sa famille, celle-ci voulant, avec amour, la protéger. Et je suis convaincue aujourd'hui qu'il est très important et libérateur d'en parler.

 

J'avais 8 ans et je venais de passer quelques jours de vacances en Lozère, près du Pont de Monvert, avec mes grands parents maternels (Mr et Mme Gervais, résidant à Montélimar). Le 7 septembre au matin, nous avons pris ce fameux Paris-Nîmes en gare de Génolhac. Ma grand-mère s'est installée dans le compartiment tandis que mon grand-père et moi avons préféré, au vue aussi de l'affluence, rester dans le couloir. Accoudés côte à côte devant la vitre, nous commentions tranquillement le paysage. Soudain, j'ai ressentie comme une sensation de vertige incroyable et lentement tout a basculé en arrière. Au même moment, un bruit terrible accompagnait le mouvement. Et d'un coup, les vitres devant lesquelles nous contemplions le paysage étaient devenues le toit du train.

 

Alors, dans mon souvenir, dans le wagon, ce ne sont que des cris, des appels, des pleurs.......A ce moment, ce dont je me souviens, c'est l'image d'un homme en costume bleu marine qui a attrapé un marteau (j'ai appris plus tard qu'il y en avait toujours un dans les trains) et qui avec beaucoup de force tentait de briser la vitre pour que nous puissions sortir. Mes yeux étaient rivés sur son acharnement. La vitre s'est brisée et je crois ensuite que des secours extérieurs sont venus nous hisser hors du wagon couché. Ma grand-mère a été alors extirpée de l'amoncellement des bagages qu'elle a reçus sur elle.

 

Quand nous avons mis le pied sur la terre, c'est un chaos indescriptible qui s'est offert à nous et j'ai surtout le souvenir de poussière, de fumée, de personnes dans tous les sens......et d'une marée de gens qui accourraient vers nous pour nous aider. Une femme nous a entraînés chez elle,  (j'ai appris plus tard que cette famille tenait un garage), et elle nous a invités à partager le repas du déjeuner qui était un aïoli. Difficile d'avaler quoi que ce soit. Ma grand-mère souffrait du dos (elle a eu des côtes cassées), mon grand-père et moi souffrions simplement de contusions. J'attendais mon père qui devait venir nous chercher après avoir été averti par téléphone. J'ai le souvenir de ces gens vraiment adorables.

 

Voilà, après il y a eu le retour dans la famille et dans la vie. Ma mère m'a dit que j'ai longtemps crié la nuit et qu'il était difficile de m'apaiser. A l'époque, il n'y avait pas de cellule de crise et les pédopsychiatres n'étaient pas proposés.

 

Aujourd'hui, je suis peintre et je peux exprimer tout mon ressenti. D'ailleurs, pour la première fois, en 2000-2001, j'ai réalisé une longue série sur les trains......ce qui a apaisé mon âme. Un travail de création artistique qui s'est tissé avec un travail intérieur personnel en lien avec le traumatisme.

 

Merci à vous de m'avoir permis de raconter cette histoire.

 

Françoise P. 

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