Autour de nous c'était l'affolement, la panique...

 

 

Voici un petit récit de ce que j’ai vécu en 1957 :


J'avais 17 ans, je regagnais Pignan, avec un camarade de Clamecy qui descendait pour faire les vendanges dans mon village, près de Montpellier.

Nous avons pris le train à Nevers, et jusqu'à Alès tout s'est bien passé. A Alès
 il y a eu du retard. Alès - Nîmes n'étant pas très éloigné, nous avons cédé nos places à des dames montées à Alès et nous nous sommes installés dans le couloir.

 

A un moment, nous avons ressenti de fortes secousses, comme si nous passions sur des aiguillages rapidement, puis le wagon s'est mis à tanguer aussitôt. Je me suis mis en travers du couloir les pieds et les mains bloqués contre les parois, formant un X. Une pensée m'est venu : "Dans un déraillement tout le monde ne meurt pas, certains s'en sortent". Le wagon a beaucoup penché côté couloir, puis d'un coup est revenu et s'est renversé coté compartiment. Nous étions couchés sur le compartiment, les vitres bloquées. On entendait des cris.

 

Après plusieurs efforts, nous avons réussi à casser ou ouvrir les vitres, là nous sommes sortis sur le wagon. Roger a sauté, moi j'ai hésité, car un wagon même couché est tout de même haut. Après nous avons aidé des gens à descendre de dessus le wagon. Roger, qui était plus âgé que moi, est retourné dans le train pour essayer de porter secours, moi j'ai fait le tour pour aller récupérer nos valises. Autour de nous c'était l'affolement, la panique, des cris, des appels. Des valises avaient été projetées hors des wagons et s'étaient ouvertes, une partie de leur contenu était enterré.

 

Après avoir rassemblé nos affaires, nous sommes partis jusqu'au carrefour de la nationale. Là dans un café, nous avons bu et avons attendu que des bus viennent nous emmener jusqu'à Nîmes. Devant moi, dans le bus qui nous emmenait, une personne avait une blessure qui saignait à la tête. Elle ne s'en était pas aperçu. J'ai du le signaler aux secouristes qui nous attendaient devant la gare de Nîmes. Nous sommes rentrés vers Montpellier avec un autorail. Chaque fois que nous passions un aiguillage Roger et moi échangions un regard angoissé.

 

Longtemps après, je suis allé au cinéma pour voir le film "La tunique". Il y a dans ce film une scène qui montre la crucifixion et l'on entend la foule qui crie, qui hurle… et bien ce jour là, j'ai re-entendu les cris et les hurlements du déraillement de Nozières Brignon.

 

Au plaisir de vous lire et encore bravo pour ce magnifique site.

Robert Lillo.

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