La VUT de Nozières - Fons St Mamert

En raison de travaux importants programmés sur la voie 1, une voie unique temporaire (VUT), a été organisée sur la voie 2 entre les gares de Nozières - Brignon et Fons - St Mamert. Cette VUT a nécessité la pose d'appareils de voies et la modification temporaire de la signalisation pour permettre l'exploitation du trafic. Ces dispositions étaient applicables depuis le jeudi 5 septembre sous la responsabilité des Chefs de gare VUT de ces deux établissements ainsi que du Chef de circulation de Fons - St Mamert et de l'aiguilleur de Nozières - Brignon.

Durant toute la durée de l'exploitation de la VUT, Fons - St Mamert devenait le Poste X et Nozières - Brignon, le Poste Y. Ces deux gares sont distantes de 8,100 km.

Avant de recevoir l'express 1115, deux trains avaient déjà été reçus le matin du 7 septembre, dans les mêmes conditions : le 8271 et le 7335. Un troisième train, l'autorail 1479 avait lui aussi circulé sur le même itinéraire, mais il s'était arrêté en gare pour desserte et attente de l'express 1114 en provenance de Nîmes (qui circulait sur la VUT).


Le disque rouge

En 1957, le disque était encore parfois utilisé sur certaines lignes équipées du block manuel, pour annoncer un signal d'arrêt (carré ou sémaphore). C'était le cas à Nozières.

Le disque est constitué d'une cocarde rouge de forme circulaire, associée pour l'observation de nuit, à un feu jaune et un feu rouge sur une ligne horizontale (ou verticale).

Le disque fermé commande au mécanicien de se mettre aussitôt que possible en marche à vue et, s'il n'a pas rencontré jusque là de signal lui commandant l'arrêt, de marquer un arrêt avant l'aiguille protégée par le disque, ou au poste si cette aiguille se trouve au-delà du poste.

Dans le cas précis de la gare de Nozières pendant l'exploitation de la VUT, la communication de voie se trouvant au-delà du poste, le disque fermé commandait l'arrêt en gare ; le mécanicien n'étant libéré de la marche à vue qu'après avoir franchi ouvert, le signal d'arrêt protégeant la communication de voie donnant accès à la VUT.

En 1957, la définition de la marche à vue était la suivante : « La marche à vue impose au mécanicien de s'avancer avec prudence, en réglant sa vitesse, compte tenu de la partie de voie qu'il aperçoit devant lui, de manière à pouvoir s'arrêter avant une queue de train, un signal d'arrêt ou un obstacle ».

Le disque est « crocodilé ». En jargon cheminot, cela veut dire qu'il est équipé d'un crocodile fixé sur la voie, permettant d'assurer la répétition acoustique de la signalisation. Le disque fermé déclenche à son franchissement l'indication sonore continue « signal fermé » sur la locomotive. Le mécanicien doit arrêter cette sirène par action sur le bouton poussoir de vigilance. (Voir la rubrique « Répétition des signaux »).

Lorsque le disque est en position d'ouverture - on dit aussi à voie libre - sa cocarde est effacée et il présente un feu vert pour l'observation de nuit. Il déclenche à son franchissement, l'indication sonore brève « signal ouvert » sur la locomotive. Le « ding » de voie libre (1). Le mécanicien n'a aucune action à entreprendre. Le disque à voie libre autorise la poursuite de la marche normale si rien par ailleurs ne s'y oppose.

Le mécanicien du train 1115 a franchi le disque de Nozières en position de voie libre.


Le TIV 30
(Tableau Indicateur de Vitesse fixe à distance à 30 Km/h)

Certaines aiguilles nécessitent une limitation permanente de vitesse pour leur franchissement. Il peut être fait usage à cet effet d'un tableau indicateur de vitesse fixe à distance (TIV) en forme de losange, éclairé la nuit, portant un nombre en chiffres noirs sur fond blanc : « 30 » en ce qui concerne celui de Nozières.

Ce TIV est « crocodilé ». Il répète l'indication acoustique « signal fermé » sur les locomotives lors de son franchissement.

En 1957, le mécanicien qui rencontre un TIV fixe à distance en forme de losange doit :

- Vigiler ce signal (2).
- Arrêter la répétition sonore continue « signal fermé » à son franchissement par action sur le bouton poussoir de vigilance.
- Ne pas dépasser la vitesse indiquée par le TIV, en kilomètres à l'heure au franchissement de l'aiguille concernée. Il dispose pour cela d'une distance suffisante pour freiner son train, si nécessaire. Près de 1200 mètres dans le cas de Nozières.

(1) : La plupart des locomotives à vapeur et les 141-F en particulier, n'étaient pas équipées de la répétition acoustique « voie libre ».

(2) : Le mécanicien « vigile » ce signal avant son franchissement en agissant sur le bouton poussoir de vigilance, lequel enregistre son action sur la bande graphique de l'appareil Flaman (la boîte noire). Ce marquage sur la bande constitue l'assurance qu'il a bien vu le signal. C'est une preuve irréfutable en cas d'accident.

Aujourd'hui, avec la mise en place du contrôle de vitesse par balise (KVB), on ne vigile plus les signaux.


Le TIV fixe à distance de Nozières, implanté sur la voie 1 au PK 694 ,688 et son crocodile. Au loin, sur la droite, la gare de Nozières. (Phot Paris-Match).


Le sémaphore de cantonnement effacé et annulé

Le sémaphore de block manuel, qui est normalement utilisé pour assurer l'espacement des trains sur la voie 1 entre Nozières et Fons St Mamert, est devenu sans objet pendant la période d'organisation de la circulation sur la voie unique temporaire sur voie 2. Ce signal est en conséquence annulé, puisque le train va être dévoyé de voie 1 sur voie 2. L'aile du sémaphore est donc immobilisée en position d'ouverture, les unités lumineuses associées pour l'observation de nuit sont éteintes et le signal est annulé par l'apposition d'une croix de Saint André blanche.

Le mécanicien n'a pas à tenir compte de ce signal.
L'avis travaux dont il a pris connaissance à sa prise de service dans son dépôt en consultant le registre 1913, doit en principe faire état de l'annulation de ce signal.

Un sémaphore de cantonnement annulé.
Son aile est bloquée en position d'ouverture.


Le carré à damier

Le carré à damier est un signal d'arrêt absolu de voie principale. En signalisation mécanique il présente une cocarde à damier rouge et blanc de forme carrée. Il est associé à deux feux rouges sur une ligne horizontale (ou verticale) pour l'observation de nuit.

Dans le présent cas de Nozières, il assure la protection de l'accès à la V.U.T. Il est annoncé par le disque. La distance entre le disque et le carré est supérieure à 1200 mètres.


Le rappel de ralentissement 30 (RR30)

En signalisation mécanique, le rappel de ralentissement présente une cocarde triangulaire jaune, pointe dirigée vers le bas, associée pour son observation de nuit à deux feux jaunes verticaux.

Le rappel de ralentissement 30 ordonne au mécanicien de ne pas dépasser la vitesse de 30 Km/h au franchissement de l'aiguille correspondante. Ce signal fixe est installé sur le mat porteur du signal carré protégeant l'aiguille d'accès à la VUT.

 

Le carré à damier protégeant l'accès à la VUT, combiné avec le rappel de ralentissement 30. (Photo Paris-Match colorisée G.M.).

Fig.1 - Le carré est fermé : Arrêt absolu. L'accès à la VUT n'est pas autorisé.

Fig.2 - Le carré est ouvert, le train est autorisé à s'engager sur la VUT. Le rappel de ralentissement 30 lui impose de ne pas dépasser la vitesse de 30Km/h au franchissement de l'aiguille d'accès à la VUT.


Nota : De nos jours, le rappel de ralentissement 30 est normalement annoncé par un ralentissement 30 (R30 - cocarde triangulaire jaune pointe dirigée vers le haut. Voir le schéma de la rubrique V.U.T.).

A Nozières, en 1957, c'est un TIV 30 qui « remplace », le ralentissement 30. Cette disposition peut aujourd'hui nous surprendre, mais elle n'en demeurait pas moins réglementaire. D'ailleurs au sens strict du Règlement « Titre 1 signaux » de l'époque, le TIV 30 était à lui seul suffisant.

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Signalisation rencontrée par le mécanicien du train 1115

- Le disque de Nozières - Brignon en position de voie libre.
- Le TIV 30 fixe, crocodilé, présenté.
- Le sémaphore de cantonnement effacé et annulé par une croix de Saint André.
- Le carré d'entrée sur la VUT à voie libre.
- Sur le même mât que le carré, le rappel de ralentissement fixe.

Sources : Annexe 2 du rapport d'enquête SNCF. (Collection Jean-Paul Pignède).


Conduite à tenir par un mécanicien rencontrant une telle situation :

Le mécanicien :

- Coupe la traction de sa locomotive à l'approche du disque. (l'ouverture du disque lui donne l'assurance que le carré est ouvert, donc qu'il va bien s'engager sur la VUT).
- Vigile le TIV 30 suffisamment tôt, mais en tout état de cause après avoir franchi le disque. (Ce n'est pas le disque à voie libre qu'il doit vigiler)
- S'il roule à la vitesse maximale autorisée, amorce sans délai un freinage de service.
- Arrête le déclenchement de l'indication sonore continue « signal fermé », au franchissement du TIV 30.
- Module son freinage sur la distance de ralentissement, afin d'être en mesure d'aborder la communication de voies sans dépasser 30 Km/h.
- Observe la voie devant lui et plus particulièrement le signal de rappel de ralentissement qui se trouve à proximité immédiate de l'aiguille.
- Ne tient pas compte du sémaphore de cantonnement qui est effacé et annulé par une croix de Saint André.

Il peut dès lors s'engager sur la VUT sans dépasser la vitesse de 30 Km/h jusqu'à ce que la queue de son train ait dégagé la communication de voies.

G.M.

 

 

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